Sur les vieux chemins des bêtes et des hommes

par Nicolas Boldych

Plus je vais sur les chemins, en particulier ceux de la montagne, et plus j’ai cette certitude :

les bêtes, les premières, ont ouvert la voie, ont tracé le premier sillon dans le vieux cuir de la terre. Archives, géoglyphes, courbes entrecroisées, entrelacées, des pérégrinations des bêtes dans un halètement primitif.

Cela doit être en particulier le fait des animaux au souffle long : cerf, élan, ours, loup…

Ce n’est qu’ensuite qu’un chasseur solitaire à l’oeil aiguisé, ou toute une troupe, est parti à leur suite, sur le même chemin toujours à retracer, jusqu’à ce qu’il soit une plaie dans la terre. Le scénario est rebattu, l’impulsion qui s’empare de l’espace, initiant la carte, sera toujours la même ; sur la terre les traces des animaux et des hommes se mêlent et se confondent, usent ensemble le cuir de la terre jusqu’à l’os de granit, ou calcaire, approfondissant avec le temps le sillon initial.

Le chemin se tracerait d’abord par la répétition d’un même halètement entremêlé, communément tressé, de l’animal et de l’homme, sur des siècles dont le souvenir s’efface tandis que s’affirme le chemin. L’usante poursuite qui consume le cuir de la terre commence ainsi par l’imitation de l’animal par l’homme. Imitation de sa vitesse, de sa précision, de sa sauvagerie, de son entêtement à vivre.

Puis l’homme est imité par d’autres hommes, amis ou ennemis, par d’autres chasseurs bientôt alignés en files indiennes sur le même chemin de salut ou de perdition.

L’eau, des rivières et des cascades, l’eau des lacs où se reposer, donne un certain courage à tous, hommes et bêtes, jusqu’à ce qu’un pays finalement émerge de ces lacis, de ces tresses formées par les courses des bêtes et des hommes.

Aujourd’hui les vieux chemins se croisent et recroisent, formant encore ce filet où sont pris les promeneurs ainsi que quelques bêtes sauvages. Filet de l’espace et du temps où sans le savoir les uns vont vers les autres. Parfois, au carrefour, on croise des renards, des chevreuils, ou des loups pour les plus chanceux…

Dans les montagnes, il est encore un chemin des plus archaïques et naturels, qui est aussi un passage, encourageant l’écoulement des hommes et des bêtes, lesquelles ont sans doute ouvert là aussi la voie : chemin de bascule, chemin-trouée dans le ciel, chemin du col.

Le chamois à la corne provocatrice, au lointain regard rouge et noir, relie plusieurs vallées et pays, passe de l’une à l’autre par le col, comme les hommes qui lui ont emboité le pas.

Au col le chemin s’arrête sur un moment de blancheur, sur un nuage sorti des profondeurs chtoniennes, sur un vide où transparaît soudain l’autre pays, l’autre vallée de l’autre côté, car déjà ça recommence.

C’est une nouvelle naissance par un nouveau chemin, par un nouveau lacis de routes. On croyait, au col, être sorti du chemin, de la pesanteur et de l’intrication des désirs, mais non on redescend. On est repris par le halètement et la vitesse, par la nécessité d’une fuite et le désir de rattraper la bête, aujourd’hui abstraite, qui toujours nous échappe. C’est une puissance relancée, et la certitude a minima de retrouver au flanc de la montagne qu’on désescalade, ce filet des vieux chemins, où s’entrecroisent encore pour longtemps, sans même le savoir, les bêtes et les hommes.

Chenal, baie, marais, gare et cul-de-sac

par Julien Bourbeau

Dans le rétroviseur, s’amenuise peu à peu le village d’Odanak. Danielle et moi laissons derrière nous le Centre-du-Québec et poursuivons notre flânerie du côté de Sorel. Ou plutôt Sainte-Anne-de-Sorel. Nous sommes à l’affût d’un autre vieux chemin, chargé d’histoires et de rêveries : le chenal du Moine. Pour s’y rendre, il nous faut parcourir environ 40 km sur la route régionale 132. À vol d’oiseau, les deux endroits ne seraient séparés que d’un maigre « 10 km ».

Capture écran Google Map. Mon soulignement rouge. 2021. (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Comme le temps d’ensoleillement automnal ne nous permet pas de nous éterniser, le restant de cette flânerie dominicale sera composé de quelques « sauts de puces ». Ce qui signifie aussi faire le deuil d’une très longue marche.

Danielle souhaite en ce sens que nous nous arrêtions à l’église Sainte-Anne-de-Sorel pour admirer les fresques de Suzor-Côté, représentant des scènes méconnues de la vie de Sainte Anne, la grand-mère de Jésus. Ensuite, se rendre à la toute fin du chemin du Chenal-du-Moine où se trouvent la maison du Marais et un sentier pédestre. Danielle a effectué des recherches à ce sujet.

—Il y aurait une centaine d’espèces d’oiseaux, une flore remarquable, m’informe-t-elle tout en fouillant dans ces notes. On y voit la baie de Lavallière. De ce que j’ai compris, ce serait plutôt un marais…

Chemin faisant, nous traversons encore une fois la piste cyclable de la Sauvagine. Je me prête au jeu : j’immobilise le véhicule vis-à-vis du bombement de la chaussée qui ressemble encore à ce passage à niveau de jadis : pas de cyclistes en vue, pas de train, non plus !

—Ce vieux chemin de fer, je ne sais plus combien de fois nous l’avons croisé aujourd’hui, m’exclamé-je.

—Nous ne l’avons jamais réellement quitté, n’est-ce pas ?

Quelques minutes plus tard, nous arrivons au chemin du Chenal-du-Moine. En prononçant le nom, je me bute contre quelques entités géographiques qui me paraissent soudainement pléonastiques.

—Curieux, ce toponyme « chemin du chenal »? Un chenal, ce n’est pas déjà un chemin ?

—Mais non, Julien, c’est différent.

—D’accord, je me reprends. Le chemin du Chenal-du-Moine est un chemin qui se rend au chenal, nommé « du Moine » ; qui lui s’appelle ainsi parce qu’il sépare l’île du Moine de la rive soreloise. C’est on ne peut mieux dit, non ?

Danielle sourit.

—Il y a donc deux chemins : le chemin du chenal (carrossable) et le chenal (navigable).

Plus tard, sur la carte de l’archipel, je prendrai conscience que plusieurs chenaux portent le nom de l’île qu’ils bordent. J’apprendrai aussi qu’il n’y a pas eu ni moines ni monastère sur ladite île, mais que, selon la Commission de toponymie du Québec, « la dénomination Chenal du Moine tire son origine d’un certain Lemoine ou Le Moyne, dit Despins, propriétaire d’une terre dans ce secteur, entre 1685 et 1709. »

—Voilà, c’est notre Église, dit Danielle.

Nous garons la voiture entre le presbytère et ce lieu saint. Mais quelle malchance! Nous nous butons à des portes closes en ce dimanche après-midi ! Le site Internet annonçait pourtant son ouverture. Peut-être fallait-il prendre rendez-vous ?

—On met de côté Suzor-Côté ? bredouillé-je.

Dans l’automobile, la discussion se porte désormais sur la célèbre romancière Germaine Guèvremont. Danielle affirme que la demeure où Le Survenant fut rédigé se trouve tout près d’ici.

—Elle est jaune, la maison, m’informe-t-elle.

Pour ma part, la lecture de ce roman date d’une ou deux décennies. Je me souviens de tous ces va-et-vient entre Sorel et le chenal, effectués par le « [sur]venant à Beauchemin, du chenal du Moine ». Aller à Sorel, en revenir ; repartir du chenal, en survenir… Puis disparaître, pour de bon. Toujours par ce même vieux chemin, non ? Notre flânerie m’oblige à relire cet ouvrage magnifique.

Aussi longtemps qu’il longeait le fleuve, même en coupant à travers les terres, le chemin de Sainte-Anne de Sorel restait large et assez ordonné. Passé le Petit Moulin, au partage du fleuve, où commence l’archipel à la tête du lac Saint-Pierre, puis le chenal du Moine et le rang du même nom, il devenait subitement sinueux, à vouloir suivre les méandres et les moindres caprices de la rivière. En face de la demeure des Beauchemin, bien qu’il fût encore le chemin du roi, l’herbe, à l’été, cherchait déjà à pousser entre ses roulières. Quelques arpents plus loin, il n’était pas même une impasse : rien qu’un sentier herbu allant mourir à la première crique. (p.78)

La romancière décrit justement le bout du chemin qui m’intéresse le plus : celui-là même « où commence l’archipel » ! Tant pis pour le segment de 5 km qui sépare l’église Sainte-Anne et le début du chenal. Celui-ci oscille entre paysage de campagne et de banlieue. Un défilement que nous observons dans l’habitacle de la voiture, tout en réduisant notre vitesse à 20-25 km/h (c’est une zone de 50). Je me promets en revanche d’y revenir l’été prochain, à vélo, et de lui consacrer une journée entière.

Survient alors ce moment où le « rang » perd sa forme rurale et devient ce chemin insulaire qui « suit les méandres et les moindres caprices de la rivière ! » Ce chemin qui, soit au début de l’hiver ou soit vers la fin, n’est plus « allable » pour se rendre à Sorel, comme l’écrit la romancière. Il faut attendre que la glace se forme pour joindre la rive, ou attendre la dispersion de celle-ci lors de la débâcle printanière.

Trois jours après, on s’éveilla pour trouver le chenal presque libre de glace. Seuls quelques îlots flottaient à la dérive. L’eau grise de boue charria des glaçons toute la journée, puis le lendemain et, de moins en moins, chaque jour. Soumis au rythme éternel de la nature, les gens du Chenal éprouvèrent devant la débâcle le même soulagement qu’ils avaient ressenti l’automne auparavant à voir se former le pont de glace. (p.145)

Les grandes mers de mai avaient fait monter l’eau de nouveau. À mesure qu’il avançait, le Survenant s’étonna devant le paysage, différent de celui qu’il avait aperçu, l’automne passé. En même temps il avait l’impression de le reconnaître comme s’il l’eût déjà vu à travers d’autres yeux ou encore comme si quelque voyageur l’ayant admiré autrefois lui en eût fait la description fidèle. Au lieu des géants repus, altiers, infaillibles, il vit des arbres penchés, avides, impatients, aux branches arrondies, tels de grands bras accueillants, pour attendre le vent, le soleil, la pluie : les uns si ardents qu’ils confondaient d’une île à l’autre leurs jeunes feuilles, à la cime, jusqu’à former une arche de verdure au-dessus de la rivière, tandis qu’ils baignaient à l’eau claire la blessure de leur tronc mis à vif par la glace de débâcle ; d’autres si remplis de sève qu’ils écartaient leur tendre ramure pour partager leur richesse avec les pousses rabougries où les bourgeons chétifs s’entrouvraient avec peine. (p.151)

Notre vieux chemin est un cul-de-sac qui s’étire sur de longs kilomètres. Des panneaux le signalent à tout bout de champ. Mais l’impasse tarde à venir. Si bien qu’à la fin du Chenal-du-Moine, certes nous y trouvons la maison du Marais, mais un virage à gauche nous invite à nous enfoncer davantage sur un autre chemin, dit de l’Île-d’Embarras. 

Il faut entendre « embarras » en ce sens : « Accumulation de choses empêchant la libre circulation. » C’est aussi ce qu’avance la Commission de toponymie du Québec : « on ne peut dégager le motif d’attribution du toponyme avec certitude, mais il peut fort bien s’expliquer par l’abondance des liards, des souches et des troncs d’arbres qui, en période de hautes eaux, encombraient le passage du chenal d’Embarras et forçaient à de nombreux détours. Des clôtures ainsi constituées sont couramment dites d’embarras dans plusieurs régions du Québec. »

—On n’a toujours pas vu la maison jaune de Germaine Guèvremont ! dis-je.

—Elle est sur une île… mais je ne me souviens plus laquelle.

Nous décidons de poursuivre notre route sur le chemin de l’Île-d’Embarras, pensant bien y trouver la fameuse maison jaune. Mais arrivés au restaurant Chez Marc Beauchemin, où l’on y sert la très célèbre gibelotte, nous n’avons plus l’embarras du choix : il nous faut rebrousser chemin et revenir à la maison du Marais où nous stationnons la voiture.

*

J’apprendrai plus tard que la maison de la romancière se trouve sur l’île… Guèvremont ! Sur le chemin de l’Île-aux-Fantômes -comme revenant ou survenant ! Le ponceau qui nous y aurait menés indiquait « cul-de-sac ». J’ai passé tout droit. Rien ne nous garantit toutefois que nous aurions reconnu ladite maison ! Et Danielle ajoute qu’elle a peut-être été repeinturée!

*

Sur le site, des panneaux nous indiquent l’éventail d’activités (et les prix) que propose la maison du marais : une excursion sur une barge, du kayak de mer, de la randonnée pédestre, et cetera. Du coup, nous tentons d’entrer à l’intérieur du bâtiment, mais nous nous heurtons, une fois de plus, à des portes closes. Il nous en coûterait 10 $ pour visiter le site. Contrairement aux fresques de Suzor-Côté, l’œuvre admirable n’est pas hors de notre portée… Derrière l’installation, nous franchissons une clôture et nous nous aventurons dans le sentier de la baie de Lavallière. —Ici, dans ce marais, il y aurait une plante très rare, m’informe Danielle qui, sur le bout de la langue, cherche le nom.

Photos de Julien Bourbeau. Baie de Lavallière, 2021.

Nous marchons près d’un kilomètre, jusqu’à ce que nous arrivions à cette véritable impasse, pour quiconque n’a pas de canot ! Deux pêcheurs passent devant nous dans une embarcation. Nous sommes à la croisée des chemins hydriques. Un seuil permet à l’eau du marais de s’écouler dans le chenal. En ouvrant mon GPS, j’apprends à mon grand étonnement que ce chenal est la… rivière Yamaska ! qui effectue ses cinq derniers kilomètres de course avant d’arriver à l’embouchure commune qu’elle partage avec la… rivière Saint-François ! 

—Comme c’est fascinant, tout ce réseau de vieux chemins qui marchent, m’exclamé-je. Tout converge vers l’archipel et le lac Saint-Pierre.

Sur notre chemin de retour, nous admirons quelques minutes le spectacle gracieux d’un grand héron. Danielle éternue. Surpris, le dinosaure ailé s’envole en allongeant ses grandes échasses. Nous boudons la tour d’observation, occupée temporairement par de jeunes observateurs volubiles… Tant pis pour nous !  

—J’ai trouvé le nom de la plante ! s’exclame Danielle. C’est l’arisème dragon.

—Et à quoi ça ressemble ?

*

Avant de mettre un terme à cette flânerie, il nous reste un dernier arrêt : la gare de Sorel. Nous rembarquons en voiture.

—On n’a pas fait beaucoup de chemin de fer aujourd’hui, remarque Danielle.

Mais ce vieux chemin de fer est un prétexte pour aller à la rencontre d’autres camarades.

Par ailleurs, je ne trouverai presque aucune trace ferroviaire lors de ma relecture du roman de Guèvremont, hormis cette allusion à une explosion en gare (à Montréal) ; ou l’évocation de l’hôtel des chars (à Sorel) -on suppose un hôtel (bar), situé tout près de la gare- où le Survenant boit un coup. Puis, lorsque le personnage affirme vouloir se rendre à Montréal quelques jours (avec 24 dollars en poche) pour acheter des outils, avait-il l’intention de prendre le train ou un autre transport ? Le train, sans doute! (C’est mon interprétation). Tandis que le monde naval sorelois, les débardeurs et ces chantiers maritimes y sont largement représentés. En tentant de chercher l’ancienne gare ferroviaire, Danielle et moi aboutissons à la gare maritime. Celle du traversier Sorel-Berthier ! Vis-à-vis de cette bévue, je change de direction, rue du Prince, et finis par trouver la piste cyclable de la Sauvagine.

Photos de Julien Bourbeau, 2021.

—Ce ne sera pas une très longue marche, dis-je. À peine 100 mètres !

—Je t’avouerai que je m’attendais à marcher davantage, aujourd’hui.

Nous photographions l’ancienne gare ferroviaire reconvertie et le sentier linéaire, donnant à voir ce vieux chemin de fer. Puis nous traversons la rue du Roi et marchons en direction de la rivière Richelieu. Je prends conscience que nous avons côtoyé, le même jour, trois rivières d’importance !

À l’instar de Pierreville, le pont ferroviaire de Sorel est lui aussi désaffecté. Il ne lui reste que ses piliers et sa structure d’acier. Ancien pont tournant, construit vers 1896, la partie rotative centrale a été retirée en 1992 à la suite d’un accident naval.

Dans l’ouvrage Histoire du Richelieu-Yamaska-Rive Sud, la position géographique de Sorel est décrite comme un cul-de-sac ferroviaire :

La plus importante agglomération montérégienne, Sorel, demeure longtemps à l’écart du réseau ferroviaire. Pour les hommes d’affaires sorelois engagés dans la construction navale et le transport fluvial, le chemin de fer représente surtout un concurrent. La ville n’est reliée à Montréal qu’en 1882 : parti de la gare Bonaventure, le voyageur atteint Saint-Joseph-de-Sorel en passant par Saint-Lambert, Longueuil, Boucherville, Varennes et Verchères, mais le pont qui franchit le Richelieu ne sera terminé qu’en 1896. En même temps, de nouvelles voies relient Sorel à Nicolet et à Saint-Hyacinthe. En l’absence d’un pont sur le Saint-Laurent, Sorel représente un cul-de-sac pour le transport ferroviaire.

À cette date, la grande aventure du développement ferroviaire arrive à son terme dans le sud du Québec. […] Mais le train ne possède pas la souplesse de l’automobile et de l’autobus qui s’accaparent une fraction croissante du transport des passagers, surtout à compter des années 1950. Les entreprises confient de plus en plus le transport de leurs marchandises au camion, les gares ferment et les lignes non rentables sont abandonnées, transformées en pistes cyclables et en parcs linéaires. Le train ne fait désormais plus partie de la vie quotidienne des Montérégiens. (p.364)

Et c’est un peu ce que nous constatons, Danielle et moi, en marchant sous ces structures vieillissantes. C’en est lugubre. Désolant. Peut-être aussi romantique, cette ruine industrielle. Je songe à cette photo de la locomotive vapeur CN 6060, circulant sur le pont ferroviaire au mois de mai 1977 ! Au même endroit, quarante-cinq ans plus tard, toute la berge s’est recouverte de végétation. Et le pont s’est évanoui dans le souvenir d’un vieux chemin.

Quelques jours après, j’enverrai ladite photo à Danielle qui en sera renversée.

[La suite dans une prochaine note de terrain !]


Références :

« Chenal-du-Moine », Commission de toponymie du Québec. En ligne. Consulté le 2021-12-31. https://toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/Fiche.aspx?no_seq=41700

Germaine Guèvremont, Le Survenant, Montréal, Fides, 2012 [1945]

« L’Île-d’Embarras », Origine et signification :

Rattachée à l’archipel du lac Saint-Pierre, l’île d’Embarras est située du côté sud, dans la municipalité de la paroisse de Sainte-Anne-de-Sorel. Le hameau de L’Île-d’Embarras s’est développé au début du XXe siècle par l’implantation de familles de pêcheurs dans un rang qui prolonge celui de la terre ferme, de l’autre côté du chenal d’Embarras. Ce dernier, qui communique avec le chenal du Moine, est en voie de comblement. L’entité insulaire ne l’est plus maintenant que dans les périodes de hautes eaux ; on peut noter le changement en comparant la situation actuelle avec une carte des îles du lac Saint-Pierre datant de 1917. Le hameau de L’Île-d’Embarras est pratiquement le fief des familles Beauchemin puisque, vers 1970, les trente habitants de l’île formaient huit familles qui portaient ce nom. On y pêchait autrefois pendant plusieurs mois de l’année, et le poisson était généralement vendu sur le marché montréalais. Au cours des années 1960, on a ouvert plusieurs restaurants où les citadins étaient invités à goûter la gibelotte des îles, mets local réputé à base de poisson et de légumes qui s’apparente à la bouillabaisse. On ne peut dégager le motif d’attribution du toponyme avec certitude, mais il peut fort bien s’expliquer par l’abondance des liards, des souches et des troncs d’arbres qui, en période de hautes eaux, encombraient le passage du chenal d’Embarras et forçaient à de nombreux détours. Des clôtures ainsi constituées sont couramment dites d’embarras dans plusieurs régions du Québec.

Dans « L’Île-d’Embarras », Commission de toponymie du Québec. En ligne. Consulté le 2021-12-31.

https://toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/Fiche.aspx?no_seq=29587

« Arisème dragon », Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. En ligne. Consulté le 2022-01-03. https://www.environnement.gouv.qc.ca/biodiversite/especes/ariseme/index.htm

Mario Filion et al., Histoire du Richelieu-Yamaska-Rive Sud, coll. « Les Régions du Québec », Presses de l’Université Laval. 2001.

Roland Plante, « Louis-Adélard Sénécal, les chemins de fer de Sorel et la Quebec, Montreal Southern Railways », dans Sorel-Tracy Magazine. En ligne. Consulté le 2021-12-11. https://www.soreltracy.com/chroniques/courrielsaurelois/2019/avril/13a.html

Image de « locomotive 6060 sur le pont de Sorel ». (1977) Auteur : non mentionné. En ligne. Consulté le 2022-01-03 : https://mapio.net/pic/p-35272808/

Alignement

par Christian Paré

Un chariot d’épicerie dure en moyenne cinq ans et parcourt quelque 10 000
kilomètres par année à l’intérieur d’un commerce de superficie moyenne.
« Le vol de chariots d’épicerie est un fléau »,

Sarra Guerchani, TVA Nouvelles, le 5 juillet 2012

Ancienne piste cyclable dans Ahuntsic octobre 2021 ©cparé

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Caddie perdu
Dans l’allée
Le détour
Et la grande surface

Fardier
Promenette

Attirail oublié
Sur la piste
La chaussée
La rocade

Paquetage
Havresac

Besace de cavalerie abandonnée
Sur la ligne
L’artère
Le passage
Et la voie

Mulet égaré
Sur la draille
Dans l’impasse
La boucle
Et le truchement

Barda

Dans le dédale des migrations
Antique chemin
Jusque dans le ciel
Le Petit Chariot déboussolé

Mes vieux chemins

par Sonia Gagné

Mes vieux chemins sont la petite butte, la côte à fraise, le ravin:
les sentiers empruntés pour me rendre à l’école Ste-Ursule.
La ville est fendue en deux par la voie ferrée.
L’autre bord, l’école Caron, la polyvalente et l’aréna.
Ponts, passerelles et ponts couverts font partie de mon quotidien.
Amqui est aussi traversée par les rivières Humqui et Matapédia.
Mes vieux chemins sont en haut de la côte, en bas de la côte, à côté de la track, de l’autre côté du pont.
Encore aujourd’hui.

Rue des dépanneurs

par Chloë Rolland

On stationne Lucy dans le parking du Taylor’s. Tu me dis que tu te mets souvent là, ta coiffeuse a déménagé son salon juste à côté. C’est gratuit, mais y a des panneaux partout, pis une barrière fancy qui se lève quand on approche : c’est Saint-Lambert.

Quand je t’ai rencontrée sur Tinder, tu t’appelais Colette. Rapidement, nos échanges sont devenus audacieux, et je t’ai demandé ton vrai nom. En te stalkant sur Facebook, je me suis rendue compte que t’étais la cousine de ma belle-sœur, et que t’avais grandi dans les mêmes rues que moi.

15h, une petite neige légère comme dans une bulle qu’on secoue. On passe devant la librairie où j’ai travaillé, fin de l’adolescence, première vraie job après les grosses Presse du samedi pis six mois terribles à faire des sondages. On se commande un café dans une petite boulangerie qui a ouvert récemment sur Webster, juste en face. En attendant nos lattés en solde à 2 piasses, on s’embrasse.

Revenir ici avec toi, ça m’a semblé une idée intrigante. Je pense que j’avais jamais embrassé une fille à Saint-Lambert.

On descend la rue Notre-Dame, et je bifurque vers la cour de mon école primaire. De 3e à 6e, j’étais plus à la même école que toi. Ma mère voulait que j’apprenne l’anglais, celle-là, c’est l’Elementary School, une école d’immersion. Je t’ai dit : « Ce côté-là de la cour, c’était les anglais. Là-bas, c’était les français. Ça se mélangeait pas. » Mon premier chum en 6e, Zachary, m’avait laissée pour une anglo que j’avais jamais vue tellement nos univers étaient séparés. J’avais trouvé ça exotique, je pense.

Je cherche dans ma mémoire. Je regarde les fenêtres, ça pourrait me revenir : j’ai-tu eu une classe là? Ou là? Brigitte en 6e, c’était où donc? Les vieux chemins, j’ai pensé : rue Sherbrooke, 138, de Natashquan aux lignes en passant bord en bord de Montréal. Xavier était enthousiaste, ça me ressemble pas, faire des recherches, écrire sur quelque chose qui est loin de moi. Pis boom, je lui ai avoué : je vais encore parler de mon nombril. Saint-Lambert, Hochelague, Rosemont, mes vieux chemins de picouille qui passe toujours à la même place.

Je pense que je me souviens plus de tout ce que je m’inventais pour passer le temps que de ce qui s’est vraiment passé dans ces rues-là. On marche sur Green, direction est. C’est le chemin que j’ai fait mille fois, pour retourner chez moi, le matin, le midi, le soir. Les souvenirs les plus prégnants, ils se concentrent autour de deux endroits clés : les dépanneurs. Je pense que je l’avais jamais remarché, ce chemin-là.

Un des dépanneurs, celui où les jujubes étaient une cenne, est devenu un bureau de notaire. L’autre est en rénovation. Une petite madame nous jase ça quand elle voit que je regarde par la fenêtre : « Ils ont tout démoli, tant mieux! C’était vieux, ce dépanneur-là. Ça valait la peine y’a 30 ans, quand l’épicerie fermait tôt pis qu’on avait besoin de lait, mais là… Ça va devenir un bureau. Sont après tout arracher en haut. Je suis assez contente! J’habite à côté depuis 35 ans. »

35 ans. C’est le temps qui a passé depuis l’époque où je marchais ici tous les jours. Ça me fait sourire, je suis tellement vieille.

Ma mémoire est un terrain de jeux, mes souvenirs se moquent de moi. J’ai cette image-là tout à coup, je sais même plus si j’étais là, si c’était ici, ou ben si c’est juste qu’on me l’a raconté ou que j’ai bricolé ça avec une ou deux photos, une ou deux idées. Mon frère a monté son mohawk dans les airs avec des jaunes d’œufs pis du sucre. Il est fabuleux dans ses pantalons mauves pis son coat de cuir tout peinturé. Ma mère passe dans sa Corolla familiale rouge. Elle le regarde pis elle le reconnait pas. Elle va même jusqu’à se dire : « Hé, la mère de cet enfant là, elle doit-tu être inquiète. »

On continue sur Green. Une tite maison en bois, en retrait de la rue, entourée d’arbres. Tu dis que tu la prendrais celle-là, que tu reviendrais habiter à Saint-Lambert avec tes deux gars. Ça me donne presque des frissons sur les bras à force de pas me tenter. C’est peut-être les enfants, on se dit. Si t’en avais pas, ça te tenterait-tu pareil?

C’est beau, Saint-Lambert.

Le reste se décale, c’est un peu le même sentiment. Ça fait si longtemps que je suis pas revenue que je suis étrangère à tout, et pourtant j’ai l’impression que tout devrait m’appartenir : le vieux marronnier au coin de Walnut, la cour de notre duplex rue Desaulniers, la grosse maison de mon père. Quelque chose comme un sentiment de trahison. Il reste rien de nous ici, ou si peu, tout ce qu’il en reste est dans ma tête, et les souvenirs s’effritent, se transforment. Je suis même pas encore vraiment vieille que j’ai déjà l’impression que ma mémoire est un vieux film mêlant.

Faudrait que je revienne avec ma sœur, je me dis. Elle, elle se souvient de toute.

Bizarre comme nos cerveaux sont faits.

Et finalement, j’ai préféré revenir avec toi, mêler mes souvenirs mêlés aux tiens. Comme quoi encore aujourd’hui, le présent et sa fabuleuse capacité de nous surprendre et de nous inventer m’intéresse plus que la vraie vérité.

Sans borne

par Roxanne Lajoie

Club de Golf de Beloeil, Google Earth

À chaque kilomètre
chaque année
des vieillards au front borné
indiquent aux enfants la route
d’un geste de ciment armé.

Jacques PRÉVERT, « Le droit chemin », Paroles

 

Devant chez moi

le chez moi de la fillette de l’écolière de l’adolescente

il y a un golf

grand rectangle de 18 trous

où des messieurs guindés marchent derrière une balle

grand rectangle à morceler

où la fillette l’écolière l’adolescente

aux longues jambes boulimiques de sentiers à fouler

à cloche-pied à grandes enjambées

avec l’élan de l’arc tendu

divise le rectangle en autant de polygones

que les diagonales les verticales les courbes

lui permettent de tracer

 

Devant chez moi

des messieurs guindés font installer une clôture

leur golf

grand rectangle délimité

mais qu’est-ce qu’une clôture

quand on peut la grimper

qu’est-ce qu’une clôture

quand elle file droite au-dessus des aspérités

et qu’il suffit alors

d’un fossé d’un ruisseau

pour se faufiler dessous

 

Devant chez moi

il y a un golf

grand rectangle de plaisir sans borne

mille chemins à inventer

et autant de raccourcis possibles

pour rejoindre l’ailleurs

 

Traces : des piliers et une tortue

par Julien Bourbeau

—Je préfère que l’on fasse le parcours dans le sens inverse, dit Danielle. De Sorel vers Longueuil. Remonter peu à peu, pas à pas.

—Ça ne t’ennuie pas si nous allons au-delà de Sorel? Du côté d’Odanak!

—Le village des Abénakis? Bien sûr que non! Mais Sorel ne représente-t-elle pas un cul-de-sac pour le transport ferroviaire?

Danielle a raison. Sorel devait être la limite de notre territoire flânable. Mais le tracé du vieux chemin de fer est prétexte à élargir la marche. Quand on est à Sorel, on n’est jamais très loin d’Odanak, des îles et du large, non?  Si tous les chemins -rangs, routes, autoroutes, sentiers, pistes, voies ferrées, fleuve et rivières- convergent vers Sorel, j’ajouterais que les îles et le lac Saint-Pierre constituent la zone de convergence privilégiée : un microcosme de la biodiversité, de la faune, route de migration des oies, route navale, et cetera.

—Le train de passagers allait bien au-delà de Sorel, dis-je.

Il y avait même deux itinéraires possibles à partir de Sorel. Passé la gare municipale, à Bellevue Jonction, le train pouvait bifurquer et se rendre jusqu’à Saint-Hyacinthe. Sinon, il continuait sa route longitudinale jusqu’au quai municipal de Sainte-Angèle(!), où y était accosté un traversier joignant la ville de Trois-Rivières. La gare de Pierreville faisait donc partie intégrante du trajet voyageur.

Curieusement, la gare de Pierreville était plutôt sise du côté d’Odanak. Et de l’autre côté de la rivière, figurait la gare de Saint-François-du-Lac [Saint-Pierre].  Sur la carte de l’itinéraire ferroviaire, on peut y lire entre parenthèses Abenakis Springs, un lieu-dit réputé pour ses sources d’eau minérale. J’apprendrai quelques jours avant notre passage qu’un hôtel -démoli depuis plus de 75 ans!- y accueillait bon nombre de touristes américains… Une destination jadis prisée!

—Tu as raison, Danielle. Aujourd’hui, il n’y a plus de chemin de fer, après Sorel! Un vrai cul-de-sac. Par contre, le chemin est encore visible ! On y a même aménagé un sentier linéaire…

—Tu dois faire référence au sentier de la Sauvagine? Penses-tu qu’on va avoir le temps d’en marcher un petit bout aujourd’hui?

Je consulte ma montre, puis l’indicateur de vitesse. Je calcule. Et tente de concilier tous les arrêts possibles. Le programme de la journée est surchargé : de courts arrêts et des promenades en boucle. Un rythme du train d’enfer qui va à l’encontre de la lenteur prescrite par la flânerie.

—Nous sommes plutôt en mode repérage, commente Danielle.

Puis, j’ai tellement consulté de cartes, de photos et de documents d’archives des villes de Sorel, Yamaska, Pierreville et Nicolet ces derniers jours. Au point d’en avoir des hallucinations. De voir partout ce vieux chemin de fer disparu réapparaître dans le paysage et la cartographie moderne et interactive de Google Map et Street. En vue satellite : cette rangée d’arbres rectiligne n’est pas le fruit d’un hasard; cette bande brunâtre qui fait une courbe parfaite dans un champ me paraît trop suspecte; cette tache noire cache-t-elle un ponceau ferroviaire? Toutes ces manifestations ne sont-elles pas des artéfacts du vieux chemin de fer? Ça m’obsède : j’aimerais bien vérifier ces traces in situ. Malgré sa disparition, je le vois partout, ce revenant de fer. Autant de doutes à confirmer ou infirmer, sur la route.

Capture d’écran. Google Map (2021). Une ligne droite à travers les champs. Mon soulignement en rouge.

—Je regarde le temps qui file et je crois bien qu’il nous faudra faire une croix sur le bois de Maska, la Grande-Terre, le chemin des corbeaux, le rang St-Louis… j’en passe !

Et je manque surtout de passer tout droit!

—Oh là, là, c’est la fin de la Sauvagine, dis-je soudainement, absorbé par le défilement du couvert feuillu et son coloris d’automne.

J’effectue un arrêt brusque et étourdissant vis-à-vis du rang Picoudi, sur le bord de la route 132. Danielle en échappe même la carte routière qu’elle tenait. Je sors de la voiture et cherche l’inexistante trace… puis y entre aussitôt. Bredouille.

—Que cherches-tu dans ces rangées d’arbres, Julien ?

—Je vérifie l’état d’avancement du prolongement de la Sauvagine, jusqu’à Yamaska. C’est l’ancien chemin de fer, toujours… mais je ne sais pas où en est rendu ce projet. «Il n’y a rien à voir, circulez!»

Quelques heures plus tard, à Yamaska, sur notre chemin de retour, nous trouverons une portion dudit sentier linéaire… qui prend la clé des champs et s’y perd. Mais aucune trace palpable de l’ancien pont ferroviaire, enjambant la rivière Yamaska. Ni vu ni connu. À croire que ce pont n’a jamais existé. Une ligne de désir cartographiée au cours d’une flânerie virtuelle.

*

—Saint-François-du-Lac, s’exclame Danielle. Ici commence la route des navigateurs. C’est ce qu’indique ce panneau du Centre-du-Québec.

Nous traversons le nouveau pont David-Laperrière qui enjambe la rivière Saint-François dite Alsigôntekw en abénaki. Je sais qu’à ma gauche, sur l’autre rive se trouve Odanak, le village! Mais ce sont plutôt les piliers dénudés de l’ancien pont ferroviaire sur la rivière qui m’interpellent. Des souvenirs de ponts.

Construit entre 1902 et 1904, le vieux pont ferroviaire hante toujours la rivière. Il fut utilisé jusqu’au milieu des années 1970 (notamment pour le fameux train de passagers de Montréal à Sorel). Après l’abandon du chemin de fer et le retrait de l’emprise, il fut laissé à l’abandon pendant plus d’un quart de siècle. Si les rails et le tablier furent finalement retirés vers 2007, en revanche les piliers y sont toujours bien érigés (dans l’eau!). Curiosité, étrangeté totémique. Un pont pas de pont. Des piliers sans tablier. Un vieux chemin disparu… marquant toujours le paysage. Comment ne pas se souvenir que le train a fait partie du quotidien et de la mouvance des habitants ? Les Abénakis allaient au train, pour y vendre les vanneries ou faire du commerce dans les marchés publics de Sorel.

À l’été 2012, je me suis arrêté quelques jours à Saint-François-du-Lac. Le pont routier David-Laperrière (route 132) était à la fin de sa vie utile, après 82 ans d’existence. Les travailleurs installaient les piles du nouveau pont, en construction. Pour traverser et joindre Pierreville ou Odanak, nous devions alors, piétons et cyclistes, utiliser les services de la navette routière tous les quarts d’heure. Au musée des Abénakis, sur l’autre rive en hauteur, on pouvait observer toutes ces empilades superposées appartenant à trois ponts distincts. Lors de notre passage cet automne, Danielle et moi, il n’y avait plus aucune trace de l’ancien pont routier. Hormis un documentaire, produit par le MTQ et la société d’histoire de Pierreville, qui y célèbre la structure ingénieuse, la mémoire des lieux et son héritage. Par ailleurs, trois piliers du vieux pont ferroviaire furent démantelés lors de ces travaux, mais aucun de ceux sis dans la rivière n’a été retiré.

Photo de Julien Bourbeau. 2021. Les piliers du pont ferroviaire de Pierreville, abandonnés dans la rivière Saint-François.

(Un article datant de 2013 rapporte qu’il fut question du retrait des piliers dans l’eau lors de la construction du nouveau pont David-Laperrière : si la mairie de Pierreville souhaitait les démolir, en raison des embâcles printaniers, le conseil de bande d’Odanak, quant à lui, préférait les maintenir «afin de favoriser la pêche et la navigation.» À l’instar de repères, les piliers indiquent les endroits navigables du chenal et sont des endroits favorables pour la fraie de poisson et la pêche.)

*

Nous y voilà. Le musée des Abénakis : un arrêt incontournable et enrichissant. Mais après une bonne heure, c’est l’appel du sentier Tolba qui nous invite à la promenade. D’une longueur de deux kilomètres, le sentier borde d’abord la rivière, puis coupe à travers une pinède odoriférante.

—Quel parfum! remarque Danielle.

Pour ma part, c’est le silence dominical qui me frappe. Sans le vacarme de la circulation routière. On entend une embarcation sur l’eau au loin, des oiseaux chanteurs. C’est le calme plat. Sur le sentier, nous croisons une famille qui revient d’une promenade dominicale, sans tambour ni trompette.

C’est que le chemin se prête à la méditation.

Sinueux, il serpente alors près d’un marais (dit Mskagw dans la langue du Waban-Aki). Des panneaux interprétatifs nous font faire connaissance avec la langue abénakise et la faune de proximité. Skok (couleuvre), Moskwas (rat musqué), Asban (raton laveur), Kchi Kasko (grand héron), Chegwal (grenouille léopard), Nolka (cerf de Virginie), K8gw (porc-épic), Maska (crapaud), Matgwas (lièvre), W8kwses (renard roux), Mama (grand pic), Kejegigilhasis (mésange à tête noire)… et Tolba (tortue serpentine et peinte).

—Voilà la Tolba! Le sentier Tolba, c’est le chemin de la tortue, symbole de la sagesse et de la Terre-mère dans la mythologie abénakise et bien d’autres nations autochtones.

De toute la faune, c’est cependant le Tmakwa (castor) qui est le moins discret. Des marques fraîches sur le tronc sectionné d’un arbre… qui déjà manque à l’appel !

—Celui-là, il n’y est pas allé de la dent morte!

Photo de Julien Bourbeau. 2021. Sentier Tolba. Traces du castor.

Notre cadence ralentit enfin. Le temps de casser la croûte et de contempler le marais à partir d’une tour d’observation. Je me trouve soudainement ridicule de chercher les artéfacts d’un chemin de fer disparu quand il existe des communautés d’archéologues qui cherchent, par exemple, l’emplacement ou les vestiges enfouis du fort d’Odanak, dont une réplique miniature est exposée au musée. Chacun son chemin. À tâtonnement ou à pas de tortue.

Au marais, c’est la nature qui prend le dessus.

Nous nous affranchissons peu à peu du vieux chemin de fer. De sa minutie imposée, sa brutalité et son emprise. Le sentier Tolba nous remet en route avec son rythme cheminant de tortue…

Le vieux chemin de fer est quant à lui un fil conducteur sans trains.

Et alors que nous retournons chercher notre voiture au musée des Abénakis, je biffe mentalement d’autres points d’arrêts, jugés désormais inutiles, sur la liste. «Ne conserver que l’essentiel.» Les cloches résonnent sur l’autre rive. C’est l’appel à monter à bord. Poursuivre notre itinéraire dans une prochaine note de terrain… du côté de Sainte-Anne-de-Sorel, les îles…


Références :

Pont David-Laperrière [documentaire] (2014).  Réalisé par Yan Descheneaux et Benoît Thomassin. Ministère des Transports du Québec et la Société Historique de la Région de Pierreville. 35 min. En ligne. Consulté le 2021-12-30.  https://www.youtube.com/watch?v=nkVaNFEt9Yo

Waban-Aki : peuple du soleil levant [documentaire] (2006). Réalisé par Alanis Obomsawin. ONF. 1h44 min. En ligne. Consulté le 2021-12-30. https://www.onf.ca/film/waban-aki_fr/

Sébastien Lacroix, «Bas St-François : quelques piliers du pont ferroviaire seront démolis», Le Courrier Sud, le 6 février 2013. En ligne. Consulté le 2021-12-30. https://www.lecourriersud.com/bas-st-francois-quelques-piliers-du-pont-ferroviaire-seront-demolis/

CONSEIL DES ABÉNAKIS D’ODANAK. «Territoire Odanak»,  En ligne. Consulté le 2021-12-30. https://caodanak.com/territoire-odanak/

«Sorel (…) un cul-de-sac ferroviaire». Citation mise en contexte :

La plus importante agglomération montérégienne, Sorel, demeure longtemps à l’écart du réseau ferroviaire. Pour les hommes d’affaires sorellois engagés dans la construction navale et le transport fluvial, le chemin de fer représente surtout un concurrent. La ville n’est reliée à Montréal qu’en 1882: parti de la gare Bonaventure, le voyageur atteint Saint-Joseph-de-Sorel en passant par Saint-Lambert, Longueuil, Boucherville, Varennes et Verchères, mais le pont qui franchit le Richelieu ne sera terminé qu’en 1896. En même temps, de nouvelles voies relient Sorel à Nicolet et à Saint-Hyacinthe. En l’absence d’un pont sur le Saint-Laurent, Sorel représente un cul-de-sac pour le transport ferroviaire.(p.364)

Dans Mario Filion et al., Histoire du Richelieu-Yamaska-Rive Sud, coll. «Les Régions du Québec», Presses de l’Université Laval. 2001.

WIKIPÉDIA (2021), «Abenakis Springs», En ligne. Consulté le 2021-12-30. https://fr.wikipedia.org/wiki/Abenakis_Springs

«Abenakis Springs Hôtel» :

Le journal présente un article sur « l’Abénakis Springs Hôtel ». Il est situé près du village Saint-François, sur les bords de la rivière Saint-François. L’hôtel sera ouvert aux touristes à partir du 1er juin. Les touristes peuvent arriver par les trains de la « Compagnie du chemin de fer de la Rive-Sud » et deux fois par semaine, par le vapeur « Sorel ». L’article parle aussi des bienfaits de l’eau minérale des sources qui avoisinent l’hôtel.

« Abenakis Springs », Le Courrier de Sorel, vol. 2, no 19 (31 mai 1901) : 3. Dans Centre-du-Québec. Bases de données en histoire régionale. «Abenakis Springs». En ligne. Consulté le 2021-12-30.  https://cdq.cieq.ca/doc_ono_fiche_info.php?-action=browse&-recid=13218&-skip=0

Référence au voyage cycliste à (2012) Odanak dans mon blogue :

Vous êtes ici

par Christian Paré

Parc Louis-Hébert dans Ahuntsic à Montréal, novembre 2021. ©cparé

Dans les parages de l’Avenue Christophe-Colomb
Le rapide du Gros-Sault
La digue Walker
Le tracé des bernaches
La Montreal Light, Heat and Power
Et Louis Hébert
Un apothicaire et un parc

Dans les parages du Boulevard Olympia  
La rivière des Prairies  
Back river
La course d’un achigan à petite bouche
La migration de l’anguille d’Amérique
Le parc Simone Bourdon
Et Simon Sicard
Un meunier et un barrage

Dans les parages de l’Avenue Hamel
La piste d’un coyote
Les traces d’un graffiti
Un pavillon angles droits et toit plat
Lignes géométriques du Bauhaus
Patrimoine du Sault-au-Récollet
Et point de rassemblement des élèves de Sophie-Barat

Dans les parages du Boulevard Gouin  
Côte du Bord-de-l’eau  
Le passage d’un bihoreau gris
Le Fort Lorette
La nation Kanien’kéha
Un alignement de peupliers deltoïdes
Et le Parcours Gouin
Chemin de portage et voie cyclable

Dans les parages aussi
L’Avenue Curotte
Le Boulevard Henri-Bourassa
Les marchés Oasis
Et Angélina Berthiaume-Du Tremblay
Une éditrice une fondation et un CHSLD

Le chemin du Long Sault

par Monique Bourbeau

C’est ici, au Chemin  du Long Sault, que je viendrai en 2008 découvrir en vélo ces îles éparpillées dans le fleuve Saint-Laurent et plus précisément dans le « Lac Saint-Laurent ». Oui, j’ai bien dit le  « Lac Saint-Laurent ».

À l’automne 2021, Au retour du flâneur nous proposant le thème des vieux chemins, je me souviens d’une photo de route engloutie dans le fleuve Saint-Laurent: je découvre alors une histoire époustouflante qui s’est déroulée dans les années cinquante alors que je grandissais en toute quiétude à Longueuil, ignorant alors que les jours du Long Sault  étaient comptés.

 Je me rappelle du ravissement éprouvé lorsque papa m’emmenait sur le bord du fleuve: après avoir franchi des remparts, je marchais sur un sol inconnu, à la fois glaiseux et rocailleux. Je pouvais voir le fleuve de près et même toucher à l’eau. La route 132 n’existait pas encore. Papa m’avait aussi emmenée aux écluses de St-Lambert: « Regarde, c’est la voie maritime du Saint-Laurent » me disait-il. Il savait l’histoire de cette voie maritime qu’il me montrait avec tant de fierté. Mais moi, j’étais fascinée par le pont qui se levait pour laisser passer les bateaux.

En cette fin de printemps 2008,  le chemin du Long Sault me séduit:  bleu prusse de l’eau et vert chartreuse des saules. Les blancs goélands plongent au-dessus des tables et chapardent les vestiges d’un pique-nique. Les bernaches entêtées, les pattes bien ancrées sur le sol, étalent leurs déjections, déterminées à s’approprier la bande riveraine. Soudainement, j’arrête mon vélo pour regarder ce ruban d’asphalte dont l’ourlet est indenté. La route s’effrite, s’abîme dans l’eau du fleuve, disparaît puis refait surface sur l’autre rive.

Il faut suivre cette route engloutie, l’ancienne route 2, pour plonger au coeur de l’histoire et trouver sous la surface du fleuve, les ruines de villages à jamais disparus:  Autsville, Dickinson’s Landing, Farran’s Point, Iroquois, Maple Grove, Mille Roches, Morrisburg, Moulinette, Santa Cruz, Sheek Island, Woodlands.

Certaines îles du chemin  du Long Sault portent le nom de ces villages disparus; elles sont reliées par une route paisible et bucolique à l’endroit même où se terrait autrefois un monstre qui secouait le fleuve de remous : c’était le Long Sault. Les autochtones connaissaient bien l’endroit.

Kaniatarowannenneh, « le grand courant d’eau », tel était le nom que les Mohawks donnaient au fleuve Saint-Laurent. Habiles chasseurs et pêcheurs, les autochtones empruntaient ce grand courant d’eau lors de leurs déplacements. Prestement, leurs canots d’écorce filaient jusqu’à ce que le courant se déchaîne: alors, les hommes débarquaient et portaient leurs canots pour contourner le « monstre ».

We descended the Long Sault in an hour without sailing and seldom rowing, though near particular currents they rowed with great exertion. The most agitated part is towards the end of the rapids, where the river becomes wider; here I had an opportunity of seeing which followed us; they appeared to fly. I compared them to race horses trying to outrun each other. The velocity was extreme; sometimes the whirlpool turned them round; at others the head of one and stern of another boat appeared buried under the waves. I sketched the boats. These rapids did not appear formidable to me last year. I suppose my mind was then more engaged by the cause of my voyage, and the Governor’s situation at the Miami; then I thought not of myself; now I had nothing to think of but the presence danger, and was terrified. (Elizabeth Simcoe, 1792)

Diary of Mrs Simcoe, version numérique p. 344

The Diary of Mrs John Graves Simcoe, Wife of the first lieutenant-governor of the Province of Upeer Canada 1792-96. With notes and biography of J. Ross Robertson. Toronto William Briggs 1911

Sault Rapids, 28 juillet [vers 1796]. Elizabeth Gwillim Simcoe       

Elizabeth Simcoe, (1766-1850), Lavis sur écorce, gris. Code de référence : F 47-11-1-0-255. Archives publiques de l’Ontario, I0007107

http://www.archives.gov.on.ca/fr/explore/online/simcoe/simcoe-kingston.aspx

Nous allons entrer ici dans le canal de Cornwall, afin de re-monter le rapide du Long-Sault, de neuf milles de longueur, rapide toujours en colère et toujours bondissant, qui jaillit, éclate, comme la bave de quelque immense monstre souterrain, et couvre de son écume furieuse les rochers qui lui résistent, le repoussent et le brisent dans son fougueux élan. Cette navigation en canal, fastidieuse, coupée d’une douzaine d’écluses, va nous prendre plus de douze heures, après quoi nous atteindrons le rapide du Galop, qui n’est rien en comparaison du précédent, mais qui a l’honneur de clore la série des rapides du Saint-Laurent.
Récits de voyages, Arthur Buies. Québec, Typographie de C.Darveau 1890
https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2022421?docref=t_9GKUOt_Js-IH8bWS8LYg

Le fleuve était la voie commerciale par excellence pour l’échange des fourrures, des fusils, de l’alcool, etc. Toutefois, les rapides du Long Sault faisaient obstacle à la convoitise des commerçants. On décida alors de contourner les remous en creusant des canaux. Mais il fallait une plus grande voie…On voulait ouvrir le fleuve aux plus gros bateaux.

Et le fleuve fut ouvert, c’est le cas de le dire. Un barrage temporaire fut construit pour assécher le lit dans lequel se terrait le monstre du Long Sault. Déshydraté, il cessa de ruer et les rapides furent anéantis. Le lit du fleuve fut râpé, creusé pour tracer la future voie maritime. Un barrage hydroélectrique fut érigé pour s’approprier l’énergie du « grand courant d’eau ».

En 1958, une charge explosive démantèle le barrage temporaire, le fleuve reprend son cours et en amont du barrage hydroélectrique, il se répand largement sur les anciens villages riverains vidés de leurs habitants et de leurs maisons. Aux tumultes du Long Sault succède désormais le bassin du lac Saint-Laurent. Au sein de cet épanchement liquide, se hérissent des îles dont les noms commémorent les villages submergés. Un long chemin louvoie doucement d’une île à l’autre, entre le vert des saules et les joncs des plages.

Quelques références:

Mémoire des villages engloutis: la voie maritime du Saint-Laurent de Mille Roches aux Mille-îles. Nicole V. Champeau. Éd du Vermillon, 1999. Collection: Visages.

 Moses Sanders Power Dam Construction 1957/58
https://stlawrencepiks.com/morrisburgmodelvillage.ca/Galleries/mosespowerdamconstruction/

St Lawrencepiks- Seaway History
https://stlawrencepiks.com/seawayhistory/seawayconstruction/cornwallmassena/index.html

Les villages fantômes du long sault
https://lactualite.com/sante-et-science/les-villages-fantomes-du-long-sault/

Lac Saint-Laurent
https://ijc.org/fr/clofsl/lac-saint-laurent

  

Le Vieux Chemin de Cap-Santé

par André Carpentier

Le vieux Chemin de Cap-Santé est un tronçon du fameux Chemin du Roy commencé en 1731, inauguré en 1734 et terminé en 1737. Ce Chemin du Roy a été construit par raccords de tronçons; une route est souvent l’aboutement de chemins… Jusqu’à la construction de la route 138, la circulation entre Montréal et Québec passait par cette voie étroite qu’est le Vieux Chemin, par endroits à un bras de distance des galeries. Le Vieux Chemin, d’à peine un kilomètre de long, fut donc d’abord chemin local, puis route nationale, puis rue municipale. En près de trois siècles et demi, il en est passé des gens à pied ou en raquettes sur le Vieux Chemin, à cheval, en char à bœufs, en calèche, en vélo, en planche à roulettes, en moto, en automobile… Le Vieux Chemin, comme tout chemin, est un espace identitaire et relationnel, qui me relie à ceux et celles qui l’ont emprunté avant moi ou qui l’emprunteront après moi. On a moins cette pensée sur les autoroutes que sur les vieux chemins.

Je ne perds pas de vue que les Chinois, les Incas et les Romains ont construit des routes pavées et que dans tous les cas il s’agissait d’instruments de domination. C’est par ces routes qu’ont cheminé les armées, mais aussi les idées et les bruits du monde. Le Chemin du Roy ne fait pas exception.

Il y a plusieurs panneaux historiques sur le Vieux Chemin de Cap-Santé, qui racontent l’histoire des maisons, autrefois bureau de poste, maison de pensions, hôtel, forge, imprimerie, banque, cordonnerie, fabrique de cigares… Il y a beaucoup à lire sur le Vieux-Chemin, galerie d’art, atelier, école de musique, gîte, tartes en fête, sans compter ce que l’on peut décoder sur les bateaux qui passent sur le fleuve auquel il est adossé, paquebots et cargos, vraquiers, gaziers et pétroliers, bateaux de plaisance, hors-bords et voiliers, brise-glaces et dragueurs…

Le Vieux Chemin est par ailleurs une encyclopédie d’architecture québécoise. Ici et là, un cottage vernaculaire américain avec lucarnes en appentis; une maison pièce sur pièce avec toiture à deux versants recourbés; une maison Queen Anne en pavillon tronqué; une maison avec parement de métal à clin et toiture de tôle profilée; une autre de tradition québécoise avec toiture de bardeaux de bois; une maison mansardée à deux versants de style Second Empire; puis ma préférée, la maison Mathurin Morisset, de 1715, au numéro 120 du Vieux Chemin, de modèle colonial français avec enduit de crépi, toiture de tôle à la canadienne à deux versants droits et une lucarne à pignon, avec cheminées à l’Est et à l’Ouest, un vrai poème en vers libres avec rimes internes! Je ne peux évidemment oublier que c’est devant cette maison que j’avais photographié Louise Corbeil et notre regretté Yves Lacroix, en 2016, alors qu’ils avaient marché de Longueuil à Québec.

Depuis l’an 2000, nous marchons en toutes saisons dans ce tronçon, un chemin étroit sillonnant le cap — c’est sa contrainte —, voûté d’un beau couvert végétal ombrageant l’été et bordé de résidences patrimoniales colorées, avec des percées visuelles sur le fleuve et sa voie maritime. Ce Vieux Chemin, qui met son beau territoire en visibilité, m’a été salvateur durant la pandémie, surtout l’hiver, alors qu’il m’a servi de déambulatoire et de parloir. Les gens de Cap-Santé aiment en effet saluer, souvent une deuxième fois quand on les recroise en sens inverse. J’y retourne ces temps-ci, alors que la pandémie reformule ses menaces.

Comme tout chemin, le Vieux Chemin crée les conditions du rapport de ses usagers au territoire et au paysage auxquels il donne accès. En ce sens, il est un révélateur spatial. Que nous donne-t-il donc à voir l’hiver lors de nos marches? D’abord un chemin sans trottoirs borné de maisons colorées et réparties de façon assez désordonnée, mais aussi des gens accueillants et de nombreux détails, qui sont la nourriture du flâneur. Tout paysage est un assemblage de détails.

Chaque fois que nous marchons dans le Vieux Chemin, certains de ces détails surgissent du décor, pas toujours les mêmes, ça varie d’une heure, d’un jour ou d’une saison à l’autre. Je fais ici référence à des détails qui parlent de nous comme société, qui disent parfois ce qui reste de ce que nous avons été, par l’entremise d’une girouette, d’une ancienne enseigne de forgeron, d’une Blanche-Neige qui émerge de l’hiver ou d’un couple de neige qui chante le temps des Fêtes.

Mais parfois, c’est une table de pique-nique sur fond de fleuve avec bateau, ou bien ce sont de beaux jeux d’ombres et de lumière sur la façade de ma maison préférée, qui mettent en corrélation cette maison de 1715 et la soleillée du jour. C’est qu’on est toujours le jour même et quelque part dans l’autrefois, sur les vieux chemins.

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